SECHERESSE PRINTEMPS 2020 L’INQUIETUDE MONTE

Après l’épisode pluvieux du week-end dernier, qui n’a malheureusement pas touché toutes les régions françaises, les producteurs de grandes cultures voient leurs inquiétudes monter. Un signal préoccupant, au moment où l’alimentation de la France et du monde sont sous les feux des projecteurs.

EN PROFONDEUR, UNE SITUATION PLUTOT FAVORABLE

Les conditions climatiques dans différentes zones du globe inquiètent les prévisionnistes internationaux et La France ne fait pas exception. L’hiver a pourtant été particulièrement humide et le remplissage des nappes souterraines s’est fait correctement. Selon le BRGM (bureau de recherches géologiques et minières), la plupart des nappes françaises se sont « rechargées du fait de pluies efficaces précoces et conséquentes ». La situation en mars était très favorable, avec des niveaux autour de la moyenne à très hauts sur une grande partie des nappes. Pourtant, quelques points localisés montraient encore des faiblesses notamment sur les nappes du sud alsacien, du couloir de la Saône et du Rhône et de l’est du Massif Central. Ces dernières accusent toujours les déficits pluviométriques de ces dernières années.

« Dans certaines zones de la Limagne, depuis janvier, nous n’avons reçu que 30 mm de pluie. Imaginez ! Emmanuel Macron nous a incité à participer à l’effort de guerre contre le coronavirus et pour l’alimentation des français, mais pour certains d’entre nous, c’est peut-être la dernière. » Mathieu Trillon, administrateur AGPB du Puy de Dôme.

Ces dernières semaines, selon les remontées départementales, la sécheresse sévit en plus dans les Hauts-de-France, en Pays-de-la-Loire, Centre Val-de-Loire, Normandie, et Île-de-France.

MAIS EN SURFACE, LES SITUATIONS SONT NETTEMENT PLUS SECHES.

Cela fait maintenant plusieurs semaines, que le sec et le soleil se sont installés sur la plupart des régions de France, ce qui handicape les semis de printemps et la minéralisation de l’azote pour les céréales d’hiver. De surcroit, un vent d’est persiste et accentue l’asséchement des terres, ne facilitant en rien la levée des derniers semis, comme l’orge de printemps ou le maïs.

Les implantations 2019 se sont réalisées difficilement avec le temps pluvieux de l’automne, l’enracinement a donc été mauvais, et en terres légères, les céréales d’hiver ont tendance à souffrir bien davantage.

« En Lorraine, l’eau n’est pas si loin en profondeur, mais avec leurs systèmes racinaires peu développés, les céréales d’hiver décrochent. Certaines orges d’hiver mesurent aujourd’hui 30-40 cm de haut et vont épier. Je ne me fais guère d’illusions sur le rendement potentiel de ces cultures, car nous sommes au stade dernière feuille étalée. » Jean Paul Marchal, Président de la Coopérative Agricole de Lorraine.

UNE SEMAINE A VENIR DECISIVE

Un épisode pluvieux devrait toucher la France à partir de lundi, qui pourrait atténuer les conséquences de cette sécheresse prématurée. Mais d’ores et déjà, l’impact négatif sur la moisson est probable. Même, s’il est trop tôt encore pour envisager l’avenir, la collecte céréales 2020 devrait vraisemblablement accuser le coup cumulé de la baisse des emblavements et de conditions climatiques défavorables.

Un signal de mauvais augure, aujourd’hui, pour la santé économique des producteurs.

PROTEGER LA DEUXIEME LIGNE

#NOURRIR est une priorité nationale selon le Président de la République, ce message a été clairement entendu, il faut maintenant assurer la protection des acteurs de l’alimentation et mettre en œuvre de mesures  à la hauteur de l’enjeu. Face à cette sécheresse qui se profile la FNSEA et les Associations Spécialisées demandent à l’ensemble des fédérations départementales de suivre attentivement l’évolution de la situation pour faire remonter les difficultés. D’ores et déjà elles ont interpellé le Ministère de l’agriculture pour l’adoption de premières mesures et permettre aux agriculteurs :

  • D’utiliser les jachères et bandes enherbées déclarées en SIE pour l’alimentation des animaux,
  • De déroger à la mesure de diversification des assolements lorsque les semis des cultures de printemps, n’ont pu être réalisés,
  • D’obtenir la totalité de leur DPB et de leur paiement vert, si des aléas ne leur ont pas permis de respecter certaines règles.

D’autres mesures seront sollicitées pour faire face aux évolutions de la situation dans les semaines à venir.

Conserver la souveraineté alimentaire, c’est d’abord et avant tout conserver le potentiel de production de la France. Alors pour cela, il est essentiel de mieux protéger les producteurs face aux aléas économiques, climatiques et sanitaires. Il est donc plus que temps que la France déploie avec les outils de la PAC, des outils de gestion des risques efficaces, et la possibilité de stocker et utiliser l’eau de manière à assurer la résilience de ses producteurs.

« Les défis de l’agriculture n’ont jamais été aussi nombreux : évolution du climat, défi alimentaire mondial, résilience face aux aléas climatiques et économiques. La « deuxième ligne » a besoin d’une trajectoire claire, ambitieuse et réaliste maintenant et pas demain ! » Eric Thirouin, Président de l’AGPB.